INFORMATION, CULTURE, DICTION, VALEURE MORALE AFRICAINE

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Un menteur renommé

Il était une fois un homme fort réputé pour le mensonge. Sa femme accoucha d’un garçon. Le père se mit à pleurer. On lui demanda la raison. Il déclara qu’il n’aurait jamais d’héritier capable d’incarner ses dons de menteur.

 

L’enfant se leva et lui dit: «Papa ne t’en fait pas, tu viens d’avoir le digne héritier que tu attendais.»

 

L’homme se rassura et éleva son enfant en lui apprenant tout ce qu’il savait en fait de mensonge.

 

A sa mort, l’enfant prit le cheval qu’avait laissé son père et se proposa d’aller le vendre au roi. Auparavant, il prit trois perles d’or que sa mère avait gardées et les enfonça dans l’anus de son animal. Le voilà chez le roi où il déclara que son cheval avait des excréments en or et qu’il le vendait très cher. Le roi s’offrit pour l’acheter.

 

«Tu me donneras, Sire, la moitié de tes biens, et tant que le marché ne sera pas conclu, je prendrai tout ce que l’animal pourra laisser tomber comme or.

 

- Nous sommes d’accord», répliqua le roi.

 

Il commença à faire creuser un grand trou pour recueillir les précieux excréments de son cheval. Celui-ci ne tarda pas à produire une perle d’or que l’enfant empocha sous le regard intéressé du roi. Une deuxième perle sortit, puis une troisième, achevant à convaincre le monarque qui abandonna la moitié de ses biens au menteur. Il s’employa alors à nourrir son cheval, et au bout d’une semaine il envoya ses lieutenants pour voir la quantité d’or produite par l’animal. A leur arrivée, aucune trace d’or, le trou était bourré de fumier! ils en rendirent compte au roi.

 

«Qu’on m’amène ce menteur. Il paiera cher son forfait, car je lui ferai couper la tête.»

 

On alla cueillir le menteur qui, humblement, se présenta chez le roi en compagnie de sa femme.

 

«Qu’as-tu fait, fils de menteur? Tu as osé tromper le roi, ta tête va tomber!

 

- Sire, que votre majesté ne s’emporte pas! Me couper la tête ne servirait à rien car j’ai avec moi une touffe qui bien vite me redonnerait la vie. Si vous ne me croyez pas, Sire, je vais égorger mon épouse et, devant vous, grâce au pouvoir magique de cette touffe, vous allez la voir ressusciter sans peine.»

 

Il égorgea sa femme et, la frôlant trois fois avec la fameuse touffe, la femme éternua et aussitôt, se releva. La femme portait au cou un sachet de sang que le mari avait percé, donnant l’impression de tuer sa compagne.

 

Le roi émerveillé lui dit, la figure détendue: «Vends-moi cette touffe.

- Je veux bien Sire, à condition que votre majesté accepte de m’abandonner le reste de ses richesses.»

 

Le roi accepta et aussitôt l’échange fut fait; le menteur s’éloigna avec ses biens et ses sujets. Le roi ne tarda pas à expérimenter sa nouvelle trouvaille en faisant sauter la tête de sa femme. En vain, il ne put la ranimer. Fou de rage, il demanda qu’on lui amène le menteur. Mais comme il n’avait plus ni sujets ni richesse, il fut déchu et le menteur devint roi à sa place.

 

 

(D’après Jean CAPANS, Contes Wolof du Baol, Editions 10-18)

 



24/09/2011
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