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_1/02/2010. Aminata Diallo Glez : Itinéraire d’une comédienne sans fard

Si elle n’avait pas été comédienne, il aurait fallu qu’elle renaisse pour s’adonner à cet art. Pourtant, Aminata Diallo, épouse Glez, rêvait d’abord de devenir médecin, un peu comme son Feu père qui soignait les animaux. Attirée par les planches, plutôt pour affirmer son indépendance et pour se prendre en charge, celle que tout appelle désormais « Mimi » ou « Kadi Jolie » a fait et continue de faire le bonheur des amateurs de théâtre et des cinéphiles, tant ses prestations sont exquises. Un vrai bol d’air qui vous égaie et vous vivifie.

« Mon parcours scolaire n’a rien d’extraordinaire ! J’étais comme tant d’autres, pas très brillante, mais pas fainéante non plus… » Avant de rencontrer la scène, la vie de Aminata ressemblait à un long fleuve tranquille, sur lequel glissait paisiblement une barque où son père, Hassane Diallo, docteur vétérinaire, tenait la pagaie, tandis que Mandy Togoyéni, sa mère, veillait à l’épanouissement de ses enfants.

« Nous étions neuf frères et sœurs et, chaque matin, il fallait faire l’appel pour voir si tout le monde était là ! », confie-t-elle dans un gros éclat de rire. Quand elle parle de sa famille, c’est toujours avec un zeste d’humour, teinté de nostalgie. De son père, elle garde le souvenir d’un homme généreux, plutôt tendre avec ses enfants, et qui prenait en charge la scolarité d’autres enfants. Très vite, la petite Aminata se prend de passion pour le métier exercé par son père et se promet de suivre ses traces. « Mon papa était mon modèle, et si j’avais eu un peu de patience dans la vie, j’aurais fait des études de médecine ». Mais le sort va en décider autrement, pour le grand bonheur des amateurs des arts du spectacle. Alors qu’elle était au cours moyen première année, en 1983, son père décède. Sa mère est seule pour élever les 9 enfants. Aminata Diallo poursuit sa scolarité à Wemtenga, un quartier populaire de Ouagadougou.

Un soir, alors qu’elle fréquentait la classe de seconde, en revenant des cours, elle entre, par curiosité, dans l’enceinte du Théâtre de la fraternité, où Jean-Pierre Guingané, un monument du théâtre burkinabè, et sa troupe étaient en plaine répétition. « Au début, je m’asseyais et je regardais les autres faire. Un jour, on m’a proposé d’essayer quelque chose. J’étais alors assez timide, mais les choses se sont améliorées progressivement, parce que j’ai été prise en main par des aînés comme Etienne Minoungou, Désiré Yaméogo ou Jean-Baptiste Guigma », raconte-t-elle. C’est le déclic ! Elle décide d’intégrer la troupe, qu’elle fréquente assidûment, une fois l’école terminée. « J’ai vite compris que c’était une autre forme d’école. Jean-Pierre Guingané est un éminent professeur et les textes qu’on apprenait nous formaient vraiment. J’étais aussi attirée par la vie communautaire qui règne dans les troupes de théâtre ».

lle fonce sur… les planches !

Pendant ce temps, la situation à la maison devenait de plus en plus pénible : « C’était parfois assez difficile à la maison avec notre maman, qui devait s’occuper, toute seule, de ses neuf enfants. Ce qui était important pour moi, c’était de gagner ma vie. A défaut d’aider ma maman, il fallait que je ne sois plus une charge pour elle. » Ce besoin d’être indépendante et de se prendre en charge a été si tenace que « Mimi », ainsi qu’on l’appelle affectueusement, a pris la résolution de gagner son pain sur les planches. Alors, armée de courage et confiante dans sa volonté, elle transcende les appréhensions et… fonce ! « Ce n’était pas comme aujourd’hui. Avant, quand tu disais que tu voulais devenir comédien, on te regardait comme si tu étais un extraterrestre », affirme-t-elle.

En fait, Aminata Diallo venait juste de décrocher son baccalauréat G1 (secrétariat). Alors que ses rêves de devenir médecin ont cédé la place à une folle envie d’étudier l’anglais, elle est orientée au département de linguistique de l’Université de Ouagadougou. Pas très emballée par cette orientation, et déjà sociétaire du Théâtre de la fraternité, la jeune femme décide de se consacrer entièrement au théâtre et de laisser libre cours à son art. A partir de ce moment, tout s’enchaîne pour elle. Le Théâtre de la fraternité est beaucoup sollicité. La jeune comédienne enchaîne tournée sur tournée avec sa troupe au Burkina et en Europe. Mais ses meilleurs souvenirs au théâtre restent celles des années passées à sillonner le Burkina pour jouer des pièces de sensibilisation, dans des villages parfois reculés, sur des scènes rudimentaires ou même au bord de la route tout simplement. « Les paysans étaient tellement contents de nous voir que certains montaient sur la scène, pendant la représentation, pour nous saluer. Je crois que ces années passées au théâtre ont forgé mon caractère et m’ont appris l’humilité », témoigne-t-elle.

Au début des années 90, elle entame un autre épisode de sa vie. Fanta Regina Nacro, une réalisatrice burkinabè qui a pignon sur rue, lui propose un rôle dans son film « Puk-Nini » (Ouvre les yeux). C’est le début d’une fulgurante carrière dans le cinéma. La série télévisée « Kadi jolie », dont elle l’héroïne principale, diffusée par la télévision nationale, des chaînes africaines et même internationales, comme TV5, lui donne une aura continentale. Des prisonniers lui ont même écrit du Rwanda pour la remercier pour ces sublimes minutes d’évasion qu’elle leur offre à travers la série.

Aujourd’hui, la petite Mimi est devenue une chef d’entreprise avisée, qui dirige avec brio « Jovial’ Productions », la maison qui a produit, entre autres, la série « Trois hommes, un village » - Prix de la meilleure série au Fespaco 2005 – et son alter ago, « Trois femmes, un village », ainsi que « Super flics » (ou « Marc et Malika »), une série qui ne manque pas d’aventures policières. Accroc des arts, et des arts du spectacle en particulier, « Mimi » initie « Fêt’Arts », un festival destiné à la galaxie artistique, qui rassemble, chaque année, de grands noms du monde artistique et culturel burkinabè et africain.

Bientôt, une nouvelle série…

Conçu comme une fête, « Fêt’Arts » (Artistes en fête), est incontestablement, aujourd’hui, un rendez-vous majeur dans l’agenda culturel du Faso. On notera d’ailleurs le grand coup réussi de main de… maîtresse, en 2006, par cette structure aux dents longues, qui a déplacé Alpha Blondy, le « rastafoulosophe » africain, sur nos terres. L’illustrissime reggaeman avait alors donné, au Stade du 4-Août de Ouagadougou, un concert dense et mémorable. L’occasion était toute belle pour allumer, ce soir-là, « 50 000 bougies pour la paix en Côte d’Ivoire », une opération qui avait tout son sens, à un moment où toutes les énergies et toutes les initiatives étaient bienvenues pour remettre ce pays frère sur les bons rails de la sérénité...

Constamment sur les scènes et devant la caméra, souvent derrière le cadreur où elle troque volontiers son costume de comédienne contre une tunique de réalisatrice, toujours entre deux avions, vêtue aussi de sa casquette de productrice, pour négocier et trouver des financements pour ses projets, Aminata Diallo Glez tient à préserver sa famille des spots de la starmania, qu’elle ne recherche cependant pas, cultivant l’humilité jusqu’à l’envi…



01/02/2010
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