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Ecole sous paillotes: portrait d’un jeune enseignant dans le Sahel du Burkina

Dans le silence, ils font partie de ceux qui se saignent pour que les jeunes Burkinabè, ceux du « pays réel » sachent lire et écrire. De ces enseignants dits de brousse, il faut compter Daouda Guinko. A l’appel du service, il a quitté son confort ombragé de Bobo Dioulasso pour aller marcher dans le sable chaud du Sahel, dans la province de l’Oudalan. Bientôt 30 ans, il se trouve être le directeur d’une école à une seule classe. Et en paillote. « Quand je regarde mes élèves, leur regard innocent, ça me motive tellement… » ; c’est ce qui fait tenir ce jeune enseignant avec 5 années de service. Portrait, d’un ancien pensionnaire du lycée municipal de Bobo qui ‘’s’est égaré’’ dans le désert, à près de 700 km de chez lui.

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Ils sont nombreux. Toujours loin de l’actualité quotidienne dans les médias, ils n’en demeurent pas moins des acteurs clés du processus de développement social et économique du pays, sans tambours.

Ils se comptent par milliers. Ce ne sont pas ces enseignants qui se retrouvent souvent à 5 dans une seule classe dans les grands centres urbains, alors que d’autres enseignants croupissent sous les effectifs pléthoriques en campagne. Ces lieux où ceux qui ‘’connaissent des gens’’ ne veulent pas être affectés.

Guinko Daouda, est le directeur de l’école Arreel, une bourgade située à 20 km de Gorom Gorom, le chef-lieu de la province de l’Oudalan. L’école de ‘’Monsieur’’ comme l’appellent ses élèves, ouverte le 1er octobre 2014, n’a qu’une seule classe. Le CP2, puisque le recrutement se fait chaque deux ans. « C’est moi qui ai ouvert l’établissement, il y avait à l’ouverture, environ 105 élèves », nous enseigne l’instituteur. Mais actuellement, sa classe de CP2 affiche un effectif de 82 élèves dont 15 abandons.

65 présents, 2 absents ce mercredi 27 janvier 2016. Des abandons dus surtout à la nature des activités des parents d’élèves (pastoralisme). « Les parents sont des nomades, ils se déplacent avec les enfants, après 4 mois, ils reviennent. Nous essayons chaque fois de les sensibiliser, on ne cesse jamais de le faire », ajoute-t-il.

 

Etre enseignant sous une paillote

 

A côté d’un arbre épineux-comme il y en a tellement dans la zone-, le drapeau du Burkina Faso flotte dans les airs, au gré du vent. Une paillote se dresse juste à côté. Des murettes construites avec des parpaings en terre sous ladite paillote servent de tables bancs aux apprenants. La classe est entourée de barrières en épine pour barrer la route aux animaux qui viennent brouter la paille. C’est la classe de CP2 que tient Daouda Guinko. Et tous les jours ouvrables, il a rendez-vous avec ses élèves.

Avec son 1m 85, il est obligé de se plier pour accéder à sa salle de classe, et de rester dans cette position pour dispenser ses cours. Un bidon lui sert de chaise, quand il veut s’asseoir. C’est l’environnement de travail du jeune enseignant toute l’année. « On se débrouille comme on peut, c’est la réalité », commente le jeune homme, sans un brin de plainte. Il ajoutera plus loin que les conditions difficiles de vie et de travail sont vite oubliées avec l’assiduité des élèves aux cours. « Malgré les conditions difficiles, c’est nous-mêmes qui essayons de sensibiliser les élèves. Et quand ils viennent, nous sommes déjà contents, c’est notre objectif…Les élèves manifestent de l’engouement. Leur niveau est appréciable ».

Loin de toutes les commodités que lui offrait la ville, le jeune citadin s’est adapté à la vie de campagne. « Ce qui me fait tenir, c’est la conscience professionnelle. Une fois qu’on a opté d’être un enseignant, il faut s’attendre à tout. Parce qu’on aime le métier, on a le devoir de travailler sinon on est grondé par sa conscience. J’aime ce que je fais. Ça ne me fait rien de quitter la grande ville », note fièrement l’ancien élève de l’école primaire Kôkô B de Bobo Dioulasso.

Natif de la deuxième plus grande ville du Burkina, où il a fait ses études primaires et secondaires, Daouda Guinko y retourne rarement. « Souvent les congés- mêmes, je ne rentre pas, puisque je suis déjà adapté au milieu. Les vacances, je rentre voir les parents et je reviens. Là où je travaille, c’est là que je vis. Souvent je n’arrive même pas à faire un mois à Bobo... c’est ici chez moi. Je m’adapte, avec les enfants, les parents d’élèves, les collègues, je ne m’ennuie pas … ».

 

« Un enseignant exemplaire »

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Issue de la promotion 2010-2011 de l’ENEP de Gaoua, Daouda est à sa 5e année de service. Avant d’officier à Arreel, il a servi pendant 3 années dans le village de Kelerabo, à 25 km de Markoye toujours dans la province de l’Oudalan. Depuis, même s’il avoue qu’en formation il ne s’attendait pas à vivre ces conditions, une fois sur le terrain, son amour pour l’enseignement n’a pas pris de ride.

« C’est un enseignant engagé. Si vous voyez les conditions dans lesquelles il travaille avec ses élèves ! Avec les intempéries, souvent le hangar disparait, il reconstruit… il est travailleur, il se bat pour le maintien des élèves à l’école, même si les conditions ne sont pas faciles. Socialement aussi, il n’a pas de problème. C’est un enseignant exemplaire. Tous les jours quand on va le voir, il est là avec ses élèves ». Ce sont là les propos du supérieur hiérarque de l’enseignant, l’inspecteur, chef de la circonscription de l’éducation de Base, Bonkoungou Koug-Nongom.

 

« Quand je regarde mes élèves, leur regard innocent, ça me motive tellement de leur faire connaitre ce qu’ils ne connaissent pas. Grâce à moi aujourd’hui, plus de 80 élèves savent lire un peu, se débrouiller en français, je suis fier, je suis content déjà ». Parole d’un bobolais devenu sahélien.

C’est le 12 février prochain que notre enseignant soufflera ses 30 bougies, loin de sa famille, ses amis, mais dans son nouveau monde où il est parfaitement intégré. Même s’il adore enseigner, M. Guinko est également ambitieux. Il espère réussir à un concours professionnel. « Il fait sa pratique du CAP (ndlr. Certificat d’aptitudes pédagogiques) cette année même. », Nous apprend l’inspecteur.

 

« Un jour, je sais que je serai encore appelé à quitter le Sahel, pour servir dans une autre région » nous dit Daouda Guinko, le sourire en coin.

 

Source: Lefaso.net

Tiga Cheick Sawadogo



02/02/2016

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